Action sociale du Casip
Benevoles du Casip

Besoin de toit

Qu’ils soient SDF, handicapés, travailleurs pauvres, personnes âgées à faible revenu ou familles en difficultés, au cœur de ces détresses humaines toujours plus nombreuses, il y a cette peur, immense, de n’avoir plus de chez soi.

« J’ai passé la moitié de ma vie dans ce quartier, j’y ai mes habitudes, mes amis… si je suis obligé de partir, où est-ce que j’irai ? » Nissim a perdu sa femme l’année dernière et, privé de cette deuxième retraite, il ne peut plus payer le loyer de leur petit appartement parisien dans lequel ils ont longtemps vécu. A 80 ans, pour pouvoir joindre les deux bouts, il a repris son travail de coupeur de cuir à mi-temps : « Tant que j’ai la santé et que je peux travailler ça va, mais s’il m’arrive quelque chose, c’est la catastrophe !» Impossible pour lui de se reloger dans le privé. Ainsi, l’hiver dernier, il n’a pas pu faire face seul aux 600 € de redressement de charges annuelles. Le Casip l’a aidé à payer sa facture énergétique et l’accompagne dans sa demande pour trouver un studio. Nissim espère très fort que cela finira par aboutir. Oui, mais quand ?

Le parcours du combattant

Si elle ne s’aggrave pas, la crise du logement social reste aigüe et endémique. Malgré de réels efforts, en 2017 on comptait plus de 700 000 demandes en Ile-de-France pour un quart seulement de logements attribués. « Avoir un simple numéro de demandeur ne suffit pas, les listes d’attente sont très longues et il y a peu de rotations dans le parc locatif social, on peut parfois attendre 10 ans », explique Jean-Claude Dana, chef du service Logement du Casip. Les différentes lois et les multiples critères qui encadrent l’accès au logement social se révèlent parfois plus contraignants qu’aidants. Beaucoup de personnes sont dans l’incapacité physique ou psychique d’affronter le labyrinthe administratif des aides au logement. D’où la nécessité d’un service d’accompagnement spécifique pour réduire les délais à 2 ou 3 ans. Et là, il faut tout l’engagement des travailleurs sociaux qui maitrisent le terrain, qui connaissent les dispositifs de relogement et lequel enclencher pour chaque cas, afin qu’un dossier devienne prioritaire.

Le handicap : la double peine

Certaines situations de handicap ou de maladie nécessitent des logements adaptés qui sont encore plus rares ! « Le jour où j’ai reçu la lettre m’annonçant, après de longues années, qu’il y avait enfin un appartement pour moi j’étais folle de joie : j’ai tout de suite appelé mon référent du SAVS (Service d’Accompagnement à la Vie Sociale) ! » témoigne Nicole, 52 ans, handicapée moteur de naissance. Après une enfance marquée par les opérations, les rééducations, elle a vécu en Foyer Social, puis en colocation dans un appartement social du Casip. « Ça m’a permis d’acquérir plus d’autonomie, mais nous étions trois, chacune avec un handicap, et ce n’était pas toujours facile ». Aujourd’hui elle a accroché ses photos et ses souvenirs dans un petit studio en rez-de-chaussée, avec un accès en pente douce pour son fauteuil roulant et tous les aménagements nécessaires. Pour Nicole c’est avant tout la preuve qu’elle peut vivre comme les autres. « Ça a été difficile mais je suis indépendante et fière de moi ! ». Elle travaille deux jours et demi par semaine dans un ESAT en blanchisserie, elle est entourée de voisins sympathiques qui l’aident en cas de besoin. Nicole, c’est l’exemple d’une insertion sociale réussie, grâce notamment à la mobilisation sans faille de ses accompagnants. Une histoire qui finit bien. Mais combien sont-ils à attendre encore, à espérer toujours ?

La peur de la rue

Parmi les plus précaires, il y a les accidentés de la vie, qui ont perdu pieds après un divorce, un licenciement ou un drame personnel, il y a les malades dépendants de l’alcool ou drogués et il y a ceux dont on parle moins : les expatriés qui reviennent après une Alyah ratée ou un long séjour à l’étranger, et qui ont perdu tous repères en France. Pour ces derniers, souvent des familles, il y a des aides particulières et une volonté de se reconstruire qui favorisent la réinsertion. Pour les autres, la chute peut être brutale : « La rue c’est d’abord un non-choix, et ceux qui l’ont connue, mettent très longtemps à s’en sortir, tant cela détruit ». Franck Chubilleau, éducateur spécialisé, travaille depuis 10 ans au SAEO, Service d’Accueil d’Evaluation et d’Orientation du Casip en charge des sans-abris, et il en a accompagné beaucoup, de ces naufragés de la société : « La majorité sont des gens perdus, qui ne savent même pas à quelles aides ils peuvent prétendre, ni comment faire pour ouvrir des droits, et s’il n’y a pas la volonté psychique pour s’en sortir alors c’est encore plus compliqué ». Mais quelle que soit la situation des personnes, même SDF, pratiquement tous les dossiers passent par le service d’aide au logement. Franck Chubilleau reconnaît qu’il y a des échecs, mais « je pars toujours avec l’idée qu’il faut tout tenter, même lorsque les personnes sont sans aucune ressource, ou juste avec les 527 € du RSA, et qu’il y a très peu de chance de leur trouver un logement stable, même dans du social à très bas prix ».

Reste qu’il faut aussi affronter l’urgence, trouver un hébergement temporaire et surtout essayer de leur éviter la rue.

L’hébergement social : entre urgence et provisoire qui dure

Hôtels, foyers… Même pour quelques nuitées ce n’est pas facile ! Pour trouver des places, les services sociaux du Casip s’appuient sur tous les acteurs du secteur : préfectures, associations partenaires qui disposent d’un parc d’hébergement, comme Maavar par exemple, bailleurs sociaux ou encore, dans le cas de familles ou de parents isolés, ils font appel à leur propre hôtel social. Mais pour bénéficier d’une chambre dans un hôtel social, il faut répondre à certains critères, notamment il faut qu’un membre au moins de la famille travaille. « La participation des usagers, même minime, est essentielle parce que cela les oblige à faire preuve d’autonomie, à se lever le matin, à être dans la vie et à se réinsérer plus rapidement » explique Révital Soussi, Directrice du Midi Hôtel, l’hôtel social du Casip qui assume une partie des frais pour les plus fragilisés. Et s’il y a quelques années on comptait beaucoup de travailleurs pauvres dans ces structures, aujourd’hui les classes moyennes sont aussi très présentes. Comme ce médecin avec ses deux enfants qui, après son divorce, est restée quelques mois à l’hôtel, le temps que son dossier de relogement soit pris en compte. « Il faut savoir que ceux qui sont hébergés chez des tiers ont moins de chance d’être relogés » confirme Révital Soussi, qui plaide pour que le modèle de l’Hôtel Social devienne l’une des solutions de demain, quitte à repenser son modèle économique.

De l’appartement à loyer modeste jusqu’à l’hébergement d’urgence, les solutions de relogement paraissent nombreuses mais restent en fait largement insuffisantes et d’accès compliqué, malgré un Droit au Logement Opposable et toutes les bonnes volontés. Selon les travailleurs sociaux qui sont en première ligne : au-delà de leurs situations, du sentiment de honte et d’impuissance, ce qui désespère les plus démunis c’est le manque d’accompagnement. Et les besoins augmentent bien plus vite que le nombre de ces accompagnants qui, derrière chaque dossier, savent qu’il y a l’histoire d’une vie.