Action sociale du Casip
Benevoles du Casip

Edito

« Tous les ans, je voudrais que ça r'commence…You kaïdi aïdi aïda » Les colonies de vacances, chères à Prévert, tout comme les camps scouts et autres formules estivales sont attendues avec impatience par des milliers d’enfants. Non seulement parce qu’elles matérialisent la fin des cours et offrent des activités de loisirs, mais surtout parce qu’elles permettent de magnifiques occasions de rencontre. A ceci s’ajoute un vrai projet pédagogique souvent centré sur l’accès à l’autonomie, la prise de responsabilité et la découverte de soi au sein d’un groupe. Dans bien des cas, ces séjours revêtent également un véritable enjeu social pour beaucoup de familles. Les E.I., comme d’autres mouvements de jeunesse communautaires, accueillent durant l’été de très nombreux enfants dont les familles, souvent nombreuses, sont en difficulté. Certaines d’entre elles bénéficient de bons des caisses d’allocations familiales, d’autres de bourses allouées par une commission nationale interne aux E.I. qui peut couvrir jusqu’à 40% des frais de séjours. Certaines familles adressées par le CASIP bénéficient, grâce à une association philanthropique, de la gratuité totale du séjour. Voilà pour les enfants. Quant aux animateurs, ils sont bénévoles et leurs frais de séjour sont entièrement pris en charge. Leur engagement n’est pas de tout repos mais, pour certains, c’est l’occasion d’un beau séjour et d’expériences passionnantes, qu’ils n’auraient pas pu vivre ailleurs. Outre le fait même d’accueillir ces enfants, les séjours en mouvement de jeunesse – surtout les camps scouts qui imposent à tous leurs participants un mode de vie quelque peu spartiate – gomment les différences sociales. Dans notre cas, ceci est accentué par le fait que chaque camp E.I. rassemble des enfants venant de villes différentes dont beaucoup garderont le contact au-delà des trois semaines passées sous tente à s’amuser, rire, marcher, se déconnecter, chanter, revenir à l’essentiel. En France, la fréquentation des colonies de vacances baisse car leur coût croît considérablement et que les offres deviennent élitistes. Sont proposées de façon privilégiée des destinations « tendances » ou des pratiques sportives d’excellence. Face à cette augmentation du prix des « colos », une étude sociologique avait vivement recommandé il y a deux ans aux organisateurs de colonies de s’inspirer davantage des camps scouts dont les prix sont raisonnables et qui utilisent, par ailleurs, des ressources locales (circuit court). Les camps scouts, rappelait ce rapport, « ont tendance à supprimer les clivages du fait des activités et des temps de vie qu’ils proposent. » La mixité sociale rendue possible par ces séjours élargit l’horizon mental de tous et nous rappelle un commentaire rabbinique. Un élève interrogea un jour son maître : « Aux temps bibliques, dans le désert, tous les Hébreux recevaient la manne et personne ne ressentait de manque… Comment donc nos ancêtres pratiquaient-ils la tsédaka ? » Il semble impensable que les Hébreux n’aient pas eu la possibilité de faire preuve de générosité les uns envers les autres durant quarante années. La réponse du rabbin fut la suivante : « La manne, raconte-t-on, prenait le goût de ce qu’on voulait. Certains connaissaient de nombreux goûts et prenaient du plaisir à manger la manne. Mais, pour d’autres, elle avait toujours le même goût, car ils mangeaient jadis toujours la même chose. Dans le désert, on s’enrichissait mutuellement en se donnant de nouvelles idées, en élargissant l’univers mental de l’autre. »